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sous le masque
Monday, September 29, 2003 10:18 a.m.


"pédé noir"… ces mots donnent à entendre la double stigmatisation, raciste et homophobe, qui frappe l'homosexuel nigérian, dont la presse n'a, apparemment, même pas relevé le nom :"un responsable gouvernemental nigérian apprenait à l'AFP qu'un homme avait été condamné à son tour à la mort par lapidation pour sodomie, dans l'Etat du nord de Bauchi" lit-on sur le site de TF1.

L'homosexualité africaine fait l'objet d'un déni. Non seulement de la part des occidentaux – la plupart des voyageurs ou des néocoloniaux pensent que l'homosexualité n'est pas pratiquée ou fort rare en Afrique noire – mais aussi de la part des africains eux-mêmes, pour qui l'homosexualité serait une pratique introduite par l'occident. Elle fait l'objet de réprobation et de répression légale dans bon nombre de pays : l'ILGA cite les dispositions légales de plusieurs pays africains où l'homosexualité entre adultes consentants est punissable de prison, voire de mort. Il n'est pas impossible que le déni, en Europe, soit l'effet de préjugés à l'égard de la sexualité noir : les stéréotypes abondent sur une virilité masculine hétérosexuelle débordante en Afrique . L'anthropologie ébranle ces représentations simplistes : ainsi, l'ouvrage
MURRAY, (stephen), ROSCOE, (will), Boy-Wives and Female husbands : Studies in African Homosexualities, Palgrave, 358 pages.
se présente comme une minutieuse étude sur les pratiques homosexuelles en Afrique Noire. Les auteurs se fondent sur des documents ethnologiques et sociologique rendant compte sur les pratiques homosexuelles, ancestrales et actuelles, au sein des sociétés africaines. Pourtant, pour des raisons idéologiques, les discours officiels renvoient souvent l'homosexualité à une pratique occidentale.
Le SIDA et sa prévention jette une lumière crue sur cette question. Elucider la réalité de la vie sexuelle en Afrique devient une priorité absolue. "Le SIDA et les rapports sexuels entre hommes en Afrique Noire" explore les difficultés et les possibilités d'une stratégie de prévention du Sida au Senegal parmi les hommes homosexuels. L'ouvrage de VANGROENWEGHE, (daniel), Sida et sexualité en Afrique, éditions EPO, 2000, aborde, de manière plus large, cette question.

Qui va défendre le nigéran condamné à la lapidation ? Le Nigéria vit une crise interne que reflète la crispation islamiste. La campagne pour Amina était motivée par le scandale de la cruauté de la peine, mais aussi par la personnalité de la victime : femme, divorcée, mère… il est sans doute plus difficile de "construire" (en terme cynique de propagande) une image victimaire du sodomite condamné. Une prise de défense sur une base identitaire (gay, féministe, antiislamiste…) me semble problématique, car au-delà des motivations et champs spécifiques d'application de la peine, ce qui peut être central est l'existence même de la peine de mort : serait-elle plus acceptable si le procédé d'exécution était moins cruelle ? Il y a plusieurs cause entremêlée dans celle de Amina : la condition féminine et la liberté sexuelle (une campagne serait légitime même en cas de peine purement carcérale) mais aussi ce droit humain imprescriptible proscrivant les traitements cruels ou dégradant… mutilation des voleurs ou lapidation des adultères font légitimement l'objet de l'opprobe international. Mais la peine de mort – et ici les pays "civilisés" que sont les USA ou la Chine ont peu de leçons à donner, pas plus que n'en n'ont les ex-colonisateurs - est elle-même en cause, quelle que soit le motif de la peine.

La libération de Amina est certes un succès individuel, mais les raisons de sa relaxe font penser que le combat reste à reprendre, car l'invocation du vice de forme ne permet pas d'inscrire la relaxe dans la jurisprudence.

… a luta continua.


Lapidation
Saturday, September 27, 2003 05:00 p.m.


Amina Laval ne sera pas lapidée, annonce la presse (liberation.fr, 24 sept. 2003)… heureuse nouvelle que la relaxe de cette veuve nigériane enceinte après la mort du mari et accusée de fornication. La tribunal invoque des vices de procédure en première instance mais aussi cette disposition curieuse de la loi islamique qui considère la possibilité, absurde en regard de la médecine moderne, d'une latence de la grossesse, auquel cas il resterait toujours un doute quant à la nature illicite de l'enfant à naître. Etrange voie de la justice qui pour faire triompher l'humanisme et la tolérance (mais était-il question d'humanisme dans ce procès ? ) se sert de l'héritage de conceptions embryologiques obsolètes … pénétrer dans l'islam, c'est pour ainsi dire régresser conceptuellement de 1350 ans… la charia s'applique encore en vertu d'une logique féodale que nulle modernité ne réussit à ébranler. (voir : Lire Murray Last, « La charia dans le Nord-Nigeria », Politique africaine, n° 79, Paris, octobre 2000.) Il faut reconnaître que c'est dans ces contrées où la modernité s'est imposée à la faveur de la domination coloniale et postcoloniale de l'occident que la loi islamique pénètre dans des populations plus marginalisées par le progrès que véritablement intégrées. L'islamisme fait illusion de purification rigoriste, illusion d'intégrité religieuse et doctrinale, illusion d'une résistance antioccidentale, mais par delà le verni de radicalité, l'islamisme n'apporte qu'une forme particulièrement régressive et brutale de domination.

A ce propos on peut lire Le monde diplomatique, juin 2003, Au Nigeria, la charia à l’épreuve des faits de J. C. Servrant.

En fait, une élite, celle des princes saoudiens wahhabites – tout aussi prospères qu'incultes – se sert de la religion pour légitimer leur domination sociale… ces rois du pétrole financent, au sein des communautés musulmanes en Europe mais aussi en Afrique noire, mosquées et écoles propice à répandre une interprétation rigoriste et réactionnaire de l'islam. C'est ainsi qu'en Belgique, En Belgique, les Saoudiens contrôlent (cfr Mohammed Hassan et Christophe Callewaert, L'Arabie saoudite et le wahhabisme, Etudes Marxistes n° 61 - janvier-mars 2003) - la Grande Mosquée, parc du Cinquantenaire à Bruxelles, qu’elle a reçue du roi Baudouin en guise de remerciement pour les millions investis à la suite de l’incendie de l’Innovation, à Bruxelles (le 22 mai 1967).

Une convergence s'est dessinée entre la réaction saoudienne et les intérêts des USA : ces derniers avaient intérêt à se servir de l'intégrisme religieux et à conforter les maîtres du pétrole pour juguler les velléité des nationalismes arabes et du pan-arabisme, laïque, antiimpérialiste et progressiste, même si, il faudra bien le reconnaître, des régimes laïques et progressistes se montrèrent d'un autoritarisme cruel. Aussi, on peut aussi comprendre la stratégie prosaoudienne des USA et le soutien accordé aux intégristes musulmans comme une volonté de contrer l'influence communiste d'abord, puis, après l'effondrement des régimes communistes, de saborder l'influence européenne au Proche-Orient. Telle est l'analyse de Alexandre del Valle : Les Américains financent secrètement la résistance islamiste pour entrainer les russes dans l'aventure afghane. C'était la meilleure manière de les embourber dans un conflit qui discréditerait l'URSS au yeux du monde et les affaiblirait militairement, préparant la chute de 1991.

"Décidée à déstabiliser "l’empire du mal", la CIA mit sur pied, entre 1977 et 1978, en collaboration avec les services secrets turcs et séoudiens, des réseaux de propagande islamiste destinés à infiltrer les mouvements nationalistes musulmans d’Asie centrale. Dans ses Mémoires ("From the Shadows", éditions Simon and Schulster), l’ancien Directeur de la CIA Robert Gates affirme que les services spéciaux américains avaient commencé à aider les Moudjahidin afghans - en rébellion contre le pouvoir communiste de Najibullah - dès le 3 juillet 1979, soit six mois avant l’invasion soviétique. Zbigniew Brzezinski reconnaît pour sa part, dans une interview accordée au "Nouvel Observateur" des 15-21 janvier 1998, que la CIA aurait en fait, à travers cette opération clandestine, "sciemment augmenté la probabilité" que l’URSS envahisse l’Afghanistan. "Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’attirer les Russes dans le piège afghan". Il est d’ailleurs difficile de ne pas faire ici le lien avec l’affaire irakienne quant on sait que la CIA a délibérément incité l’Irak à envahir le Koweït afin d’avoir ensuite un prétexte pour pouvoir intervenir dans cette zone..."
Alexandre DEL VALLE in L'islamisme, l'Europe et les Etats-Unis, quelques réflexions géopolitiques
Les américains ne s'en tiennent pas là… Les rebelles islamistes sont armés par les USA via les services secrets pakistanais. Alexandre del Valle poursuit son analyse du "grand jeu eurasien" : " la plus éclatante confirmation de la pérennité de la stratégie américaine pro-islamiste réside dans le soutien apporté par Washington, depuis 1994, aux ultra-fondamentalistes taliban qui prirent le contrôle - en mai 1997, de la quasi-totalité de l’Afghanistan." L'enjeu sont les réserves pétrolières du Kazakhstan, de l'Azerbaïdjan, Turkménistan. Ce qui conduisit del Valle à voir une flagrante "convergence d’intérêts entre les sociétés américaines et les fondamentalistes taliban et séoudiens" Les Etats-Unis avaient s'empressèrent de reconnaître le pouvoir des Talibans lorsque ceux-ci prirent le contrôle de la capitale afghane le 26 septembre 1996, marginalisant les Moudjahidin de Massoud, ce dernier recherchait d'ailleurs l'appui de l'Europe et de la France, en vain.

Avatars d'une géopolitique menée délibérément au détriment de l'Europe : le 11 septembre 2001 montra comment les apprentis sorciers furent victimes des monstres qu'ils forgèrent. Ben Laden est un pur produit de la CIA comme des wahhabites saoudiens, la différence entre lui et les princes et émirs qui gouvernent l'Arabie est, en réalité, son manque d'hypocrisie. Ben Laden connaît l'ennemi et sait comment lui porter des coups douloureux. Mais est-ce seulement un électron libre, un monstre de Frankestein devenu incontrolable ? Peut-on exclure l'hypothèse d'une instrumentalisation de Al Qaïda par les USA, ou par certains secteurs de cet Etat, désireux d'implémenter son pouvoir mondial de la façon la plus brutale ? La guerre des USA contre le monde est-elle réellement une guerre contre l'Islam ou une stratégie plus complexe, visant avant tout à damer le pion à l'Europe sur l'échiquier moyen-oriental et d'asie centrale ?

Alexandre del Valle, qui sympathise avec la droite extrême, défend une stratégie résolument anti-islamique sur la base d'une alliance avec l'Europe centrale et de l'Est. Il s'appuye sur le terreau civilisationnel chrétien, catholique et orthodoxe, pour concevoir une géopolitique pan-européenne associant la Russie à une entreprise qui finalement conduirait à une confrontation non seulement avec l'Islam mais aussi avec les USA. Le néo-empire européen qu'il espère – projet politique à long terme des nationaux-bolchévistes – renouerait avec les aspirations hégémoniques que l'on croirait révolues.

Ces considérations nous mènent loin de ce qui préoccuppent les européens lorsqu'ils s'inquiètent de la pénétration de l'islam dans la vie quotidienne. La prévention laïciste se mèle volontiers à une xénophobie latente pour stigmatiser toute manifestation islamiste sur nos terres, mais la prudence reste de mise en regard des prétentions géopolitiques de l'islam : il ne s'agit pas seulement de la protection du droit des minorités, mais de l'affirmation universaliste d'une religion qui se veut conquérante. Du moins est-ce ainsi que la perçoivent ceux qui oublient trop facilement les entreprises missionnaires de la chrétienté… opposer le Christ-roi à Allah conquérant serait aussi vain que faux. L'enjeu, dans les querelles du mode de vie confrontée aux normes républicaines et laïques, est l'intégration dans la modernité de populations, issues de la migration le plus souvent mais pas nécessairement ( les convertis à l'islam sont plus fréquents qu'on ne le pense ), qui n'en veulent point. On a beau stigmatiser la domination machistes de ceux qui veulent imposer le hijab aux femmes, ces dernières le revendiquent souvent – peut-être non sans contrainte – au nom d'une identité à la fois culturelle et religieuse. Céder à cet identitarisme – même au nom de la tolérance – présente un double danger : celui de fragiliser les luttes émancipatrices des femmes en terre islamique et de donner crédit, ici, à la communautarisation des rapports sociaux. A terme on verrait se fragmenter l'espace du politique en des logiques plurielles inconciliables.

Les adversaires de la tolérance à l'égard du hijab ont la raison pour eux, la raison de la modernité, de l'antidogmatisme religieux, de l'anticléricalisme… combat antiobscurantiste toujours à mener, et qui se mène sur de multiples fronts. On pourrait croire que le succès du relativisme moral, qui ouvre la porte aux dépénalisations de comportement naguères jugés immoraux (contrôle des naissance, interruption de grossesse, euthanasie, liberté sexuelle, homosexualité), sonnerait le glas du rigorisme religieux… mais celui-ci revient au galop et par l'offensive cléricale du Vatican, et par le biais de l'intégrisme musulman, qui, sous couleur de résistance à l'aliénation socio-économique imposée par le capitalisme, séduit les laissés-pour-compte de la prospérité…

Il n'y a jamais de victoire définitive contre l'obscurantisme. D'autant plus que la lutte pour les Lumières n'est pas dénuée d'ambiguité : la Raison est à la fois émancipatrice et dominatrice, tour à tour mère et marâtre… et a pu justifier aussi bien la libération des esclaves que le massacre des populations coloniales rétives à la "civilisation" plus soucieuse de piller que d'éduquer.
Il n'y a jamais de victoire définitive contre les ténèbres… Si Amina est libérée aujourd'hui, un jeune nigérian, accusé de sodomie, s'est vu condamné à la même peine infame, la lapidation, pour "débauche"… mais qui va défendre un pédé noir ?


petit roupillon
Wednesday, September 24, 2003 02:51 p.m.


Patrie du travailleur héroïque et infatigable, la République populaire de Chine accorde constitutionnellement le droit à la sieste à ses prolétaires, en vertu de l'article 43 de sa Constitution (1949)… la Grande Révolution Culturelle prolétarienne n'a jamais pu abolir cette disposition, … l'article 43 stipule que" Working people in the People's Republic of China have the right to rest " - ce qui se traduit par "les travailleurs en RPC ont le droit de se reposer"… ouf, on aurait pu craindre que dans la fièvre des Quatre modernisations programmées en 1974 par Zhou EnLai et mises en oeuvre par Deng XiaoPing, il n'était plus question de petit somme postprandial.

Les pays capitalistes (ces ignobles exploiteurs du prolétariat) ne prévoyent pas de dispositions semblables dans leur constitution. L'aménagement du temps de travail, l'alternance du labeur et du repos relèvent des conventions particulières ou collectives dans lesquels l'Etat n'intervient qu'avec réticence. De plus, dans maints pays méditerranéens, la sieste relève de la coutume séculaire et l'on verrait mal la mise à plat du système social européen ébranler cette institution en Espagne ou au Portugal… Ailleurs, les "siesteurs" devront recourir à l'arsenal de l'argumentation médico-hygiéniste : la sieste n'est pas un luxe inutile, mais une condition nécessaire à la vigilance et à l'efficacité. Les petits sommes ont pour effet d'accroitre la productivité… mais comment dormir dans un bureau surpeuplé, inconfortable, bruyant. Les plus ensommeillés s'écroulent sur place, s'effrondrant sur le coussin de leurs dossiers urgents, les autres, rusés, se réfugient au petit coin, indifférent aux coliques de leurs collègues. Quelques-uns s'organisent, et se servent quid d'un placard, quid d'un débarras, quid d'un bureau ou d'un coin d'atelier déserté pour aménager leur niche et échapper à la vigilance des contremaîtres et du patronat… ce dernier, rusé, aménage cependant les règlement de travail, puisque de toute façons, le siesteur travaille mieux après et organise sur le lieu de travail les dortoirs adhoc. Les designers ne sont pas en reste : Matthias Knigge, designer allemand, a inventé le bureau à sieste : le prototype en noyer ressemble à un bureau ordinaire mais en appuyant sur un bouton situé en-dessous de la table, on gonfle un airbag orange vif. Celui-ci se déplie à travers un panneau ouvrant et le bureaucrate fatigué n'a plus qu'à s'affaler…. Bureaucrate ? ou cadre de strat-up dot.com accro au boulot au point de ne plus rentrer chez lui pour vivre.


pour ceux qui n'auraient pas cliqué sur le titre, allez voir chez lasieste.pitas.com , le blog où l'on pique volontiers un p'tit somme... citations, anedoctes, liens à profusion pour les amants de l'oreiller.


happy bouddha to you
Tuesday, September 23, 2003 06:08 p.m.


heureux bouddha


photo. P. Deramaix
Heureux bouddha… il m'est revenu récemment l'annonce, chatoyante, des conférences données par la réincarnation du 13e Dalaï Lama, Thubten Gyatso., lui même réincarnation du 12e, en une transmigration qui remonterait à Gedun Drub, 1er Dalaï Lama (1391-1474)… Le bouddhisme fait recette en Occident.
Originairement, le bouddhisme du "petit véhicule" est avant tout une discipline ascétique requise pour échapper à la souffrance, dont la cause réside dans le désir. L'extinction du désir est donc la condition du salut, la rupture de la chaine karmique des réincarnations et l'accomplissement nirvanique.

Qu'est-ce cet accomplissement ? non pas l'entrée dans un paradis, mais un anéantissement de soi et une fusion avec la totalité. Autrement dit, une dissolution de l'étant, la mort. Ce qui est enseigné en Occident, selon les écoles et les sectes est probablement une édulcoration psychologisante. Ce que propose Tenzin Gyatso est un cheminement vers la vacuité, assorti d'une morale ascétique et compassionnelle pronant la non-violence. Sans doute est-ce là son principal mérite : chercher à sortir du vision traditionnaliste et étroitement ethnique du bouddhisme tibétain pour en faire un message universel, mais ce bouddhisme, qui dérive du Grand Véhicule (en fait : du vajrayâna - en sanskrit « véhicule du diamant » - qui est une forme tardive de bouddhisme datant du VIIe siècle de notre ère en Inde du nord, et dérivée du mahâyâna) , fait d'énormes concessions à la religiosité populaire, intégrant nombre d'éléments mythologiques d'origine hindoue, de chamanisme bön et de tantrisme... la superstition n'est pas loin et malgré ses atours psychologisants, la doctrine de Tenzin Gyatso me paraît être une religion somme toute assez banale : le karma est présenté comme la conséquence des égarements humains : tu vis mal, piégé par tes désirs, tes actions destructrices se répercutent dans tout l'univers conditionnant ta vie future, et ta prochaine réincarnation. Ainsi nous subissons le châtiment des fautes passées, fautes collectives ou individuelles : la condition humaine devient un "enfer" dont il faut sortir par une ascèse rigoureuse, qui théoriquement, n'est vraiment accessible qu'aux saints. Les autres, commun des mortels, auront d'autre ressource que d'accomplir le mieux possible nos tâches quotidiennes dans la compréhension des Quatre nobles vérités et le respect du Noble Sentier Octuple : compréhension, pensée, parole, action, moyens d'existence, efforts, attention, concentration justes.



shopping équitable
Sunday, September 21, 2003 12:35 a.m.


la belle âme du consommateur...


Malvira soutient le commerce équitable, illustration extraite de Commerce-equitable.be
Du 6 au 11 octobre 2003: nous avons une semaine pour nous refaire une viriginité de consommateur, une semaine pour faire du shopping autrement. L'initiative est en soi intéressante : Fair Trade Organisatie, Les Magasins du monde-OXFAM, Max Havelaar Belgique, Maya Fair Trading, Oxfam-Wereldwinkels et la Coopération belge au développement lancent une campagne pour encourager un maximum de consommateurs à choisir les produits équitables.

Le Commerce équitable est un partenariat commercial dont l’objectif est de parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial.

Il offre de meilleures conditions commerciales et en garantit les droits des producteurs et des travailleurs du Sud de la planète. Les organisations du Commerce équitable (soutenues par les consommateurs) soutiennent les producteurs, et sensibilisent l’opinion en faveur de changements dans les règles et pratiques du commerce international conventionnel.
" L’objectif stratégique du Commerce équitable est triple :
  • travailler délibérément avec des producteurs et des travailleurs marginalisés afin de les aider à passer d’une position de vulnérabilité à la sécurité et à l’autosuffisance économique ;
  • donner plus de poids aux producteurs et aux travailleurs en tant que parties prenantes de leurs organisations ;
  • jouer activement un plus grand rôle dans l’arène mondiale pour parvenir à une plus grande équité dans le commerce mondial. "
Certes, il est toujours utile et juste de soutenir des producteurs et de favoriser, en consommateur, des intermédiaires capables d'entretenir des relations commerciales équitables. L'idée du commerce équitable ne se maintient cependant qu'accompagné d'une campagne publicitaire intense, mobilisant la (mauvaise) conscience d'un consommateur submergés de produits exotiques aux prix bradés… que nous dit, en fait, le discours du "commerce équitable", sinon qu'adopter des règles éthiques dans les rapports nord/sud est économiquement intenable puisque, en raison de la juste rétribution du producteur, les prix des produits équitables sont sensiblement plus élevés, il ne peuvent soutenir la concurrence que par le biais d'un label moral spécifique.

Dans une certaine mesure, la campagne du commerce équitable laisse entendre que la décision revient en dernière instance au consommateur libre de choisir ses produits en fonction de critères qui ne sont pas seulement économiques. On remarquera que l'effort des ong et des sociétés labelisant les produits équitables mobilise toutes les ressources du marketing moderne : cela fait "in" d'acheter équitable. Les rapports nord/sud ne seraient-ils qu'affaire de choix consumériste ? Les promoteurs du commerce équitable ne l'affirment pas, mais la campagne, valorisant le sens moral du consommateur, conforte l'illusion de son pouvoir.

Illusion libérale qui dégage les Etats et les milieux d'affaire de leurs responsabilités. Le produit équitable acquiert ainsi une valeur marginale trouvant sa source dans la valorisation éthique du consommateur "responsable"...

Le consommateur, pris dans les rêts conjoints de leurs habitudes et de leur contraintes économiques, n'ont en réalité qu'une faible marge de manœuvre, réduite encore par conditionnement publicitaire. C'est toute la question de l'inféodation consumériste qu'il faudrait analyser mais la désaliénation du consommateur est-elle envisageable sans la désaliénation du travail ? Est-ce envisageable dans le cadre de la propriété privée des moyens de production et de distribution ? Le rapport marchand n'est qu'une facette du rapport de production capitaliste qui repose, plus fondamentalement, sur l'exploitation du travail. A analyser donc l'articulation entre la domination politique / l'exploitation du travail / et l'inféodation marchande.

Mais les termes de l'échange inégaux, entre les producteurs du Sud et les importateurs du Nord résultent d'une domination géopolitique entrelaçant la violence militaire et la violence structurelle d'une économie dérégulée… dont les acteurs sont cependant bien connus.


11-09-03 : Adorno
Friday, September 12, 2003 01:22 p.m.


encore un autre 11 septembre : plus heureux, puisqu'il s'agit de l'anniversaire, centenaire, de la naissance de Adorno (1903-1969)

L'événement est dument célébré. Voir le programme diffusé par l'Institut Goethe à Paris, et le dossier réalisé par Arte, à l'occasion de la diffusion récente d'un excellent document de Meinhard Prill et Kurt Schneider.


Chili, encore
Friday, September 12, 2003 12:46 p.m.


11-09-2003 - Bruxelles, place de la Monnaie, 17h30

Curieuse commémoration que ce rassemblement d'une centaine de personnes, débris de la gauche militante et fragments d'une communauté de réfugiés chiliens établis depuis 30 ans en Belgique… Sur un podium vide de tout apparat (ni calicots, ni drapeaux, ni fleurs, ni portrait ou quoi que ce soit qui eut pu dénoter une quelconque préparation), P. Galland se livre, avec sa fougue habituelle, à un discours militant : dénonciation de l'impérialisme américain, de l'ultralibéralisme, éloge de l'intégrité politique et humaine de Allende, et liaisons convenues avec l'actualité : le Chili c'était le labo de l'ultralibéralisme globalisé contre lequel les "altermondialistes" et les paysans du tiers monde se battent à Cancun comme ailleurs… cible : l'OMC.

La foule est peu nombreuse, amicale, mais on sent, y compris chez les orateurs qui se succèdent, la routine d'un militantisme désenchanté. Cinq ou six drapeaux communistes, plus nombreux que les drapeaux chiliens… A noter la présence de M. Nagy, écolo de gauche qui tient un discours passablement musclé. Emouvante l'évocation, par une réfugiée chilienne de 32 ans, du sort actuel des réfugiés dans la forteresse européenne… par contraste avec la volonté politique, assumée en 1973, du gouvernement belge d'accueillir en toute solidarité et dignité le flot des réfugiés du Chili… mais en 1973, la politique du PS restait encore – sous la pression syndicale - un socialisme et n'avait pas viré, avec la décomposition politique de la gauche, à ce pragmatisme boueux dans lequel s'envasent les gestionnaires "socialistes" d'une Belgique décomposée et inféodée à l'Europe du Capital.


quelques événements importants, extrait du programme des commémorations et activités autour du Chili 1970-1973

Samedi 13 :
10h30 : Bruxelles
19h30 : Evere
Film - Débat : "Les fantômes de la Victoria"
Lieu : Espace Toots. Rue Stockens, 126 - 1140 Evere.
Organisateur : Commission Consultative de la Commune d'Evere.

20h00 : Liège
Concert - Récital historique : "Cantata Santa María de Iquique" (origines du mouvement ouvrier)>BR> Poèmes et Chansons engagées.
Lieu : Centre Culturel des Chiroux.
Organisateur : Communauté chilienne de Liège avec le Rassemblement liégeois pour la Paix, soutenus par une série d'associations.

Dimanche 14 :

10h00 à 18h00 : Bruxelles
8 heures pour le Chili (vidéo, danses, théâtre, plats typiques,...)
Lieu : Théâtre de Poche.
Organisateur : CODECIPO

Vendredi 19 :

19h30 : Liège
Café Syndical centré sur la situation socio-économique du Chili et de l'Amérique latine.
Lieu : CP-CR. Rue Jonruelle, 13-15
Organisateur : Communauté chilienne de Liège avec le Rassemblement liégeois pour la Paix, soutenus par une série d'associations.

Samedi 20 :

19h00 : Bruxelles
Fête chilienne
Lieu : Complexe Sportif Evere
Organisateur : CODECIPO
Collaborateurs : Commune d'Evere, Centre Salvador Allende.

mardi 23
Accueil en Belgique d'Isabel Allende, Présidente de la Chambre des Députés au Chili.

17h30 : Bruxelles
Séminaire : Hommage à Allende et Neruda. Acte politique.
Lieu : Parlement bruxellois.
Organisateur : Ambassade du Chili.

Samedi 27 : 14h30 : Bruxelles
Théâtre : "Sang" de Lars.
Lieu : Théâtre Marni - rue de Vergnies, 25 - 1050 Bruxelles.
Organisateur : Théâtre Marni.
Thème : Histoire de 2 révolutionnaires chiliens ayant fui la dictature de Pinochet.

20h00 : Bruxelles
Soirée de débat : Pierre Galand, Rosario Aguilar et Jorge Magasich.
Lieu : Berchem Sainte Agathe - Le Fourquet Place de l'Eglise, 15
Organisateur : Locale des Amis du Monde diplomatique Belgique.



crime d'Etat
Thursday, September 11, 2003 03:24 p.m.


Je n'ai pas la possibilité d'assister au procès des meurtriers de Semira Adamu. D'après un témoignage, le réquisitoire du procureur du roi frappe par la sévérité à l'égard des circonstances du crime et des mensonges policiers. Mais le discours du procureur se conclut à mix-voix, par une clémence étonnante, scandaleuse. Les peines reclamées : le sursis pour les exécutants, et l'acquittement pour les chefs qui supervisaient la déportation. Quand aux politiciens qui programmaient et programment toujours les déportations forcées, ils restent blancs comme neige. Il y a décidément quelque pourriture bien vivante en ce royaume belge, et en cette forteresse-europe.


11 septembre
Wednesday, September 10, 2003 03:39 p.m.


Le 11 septembre restera marqué d'une pierre noire dans la mémoire collective… mais ce n'est pas ce crime commis en 2001 que je voudrais évoquer. Les médias nous saturent déjà de ces images récurrentes des ruines du World Trade Center et de commentaires plus ou moins alarmistes sur le "terrorisme international"… il est peut être une leçon qui n'a jamais été trop tirée : la terreur est avant tout méthode d'Etat, exercée au nom de l'intérêt des puissants.... avant de devenir la méthode suicidaire d'une insurrection.

illustration extraite de www.resistances.be
Le 11 septembre, c'est surtout, ici, la fin d'un espoir, la chute d'une démocratie, un coup de force sanglant perpétré par un quateron de militaires inféodé au capitalisme, au service d'une bourgeoisie opulente, et surtout au service des intérêts économiques et géopolitiques des USA… cela se passait en 1973, au Chili.

Le 11 septembre 1973, Salvador Allende, président socialiste élu démocratiquement en 1970, un président intègre et soucieux et de justice sociale, trop soucieux sans doute des formes de la démocratie parlementaire, gardait confiance en la neutralité de l'armée… confiance aveugle, car ce matin là, les chars prirent d'assaut le palais présidentiel, tandis que l'armée investissait les lieux publics, les médias, les universités, les usines pour instaurer la dictature implacable d'une junte militaire présidée par Augusto Pinochet.

La génération d'après 1968 ne connaît pas Salvador Allende, elle n'évoque du Chili que le sinistre Pinochet, à l'occasion des tardives poursuites judiciaires entamée à la suite des plaintes déposées par des victimes des tortionnaires chiliens. On réduit trop facilement l'histoire chilienne au "cas Pinochet", poursuivi au nom de ces droits de l'homme dont les pays occidentaux se prévalent aujourd'hui pour justifier de leur interventionnisme. Ces poursuites nous amènent insidieusement à opposer à la dictature pinochétiste la démocratie libérale garante de l'économie de marché. C'est oblitérer les enjeux réels du putsch militaire de 1973, c'est oblitérer l'enjeu réel du gouvernement d'Unité populaire menée au Chili de 1970 à 1973.

Le programme de l'Unité populaire visait à reconquérir une souveraineté économique et politique ébranlée, déjà, par la domination économique, mais aussi politique, exercée par les USA : il prévoyait la récupération des ressources fondamentales du pays, principalement les ressources minières, et la nationalisation des secteurs économiques de caractère monopolistiques. Une réforme constitutionnelle était prévue, permettant d'instaurer un système de parlement unique à la place du système bicaméral. La démocratisation des médias et de la presse devait être assurée par la participation des syndicats à la direction des entreprises de presse…. Parmis les mesures de l'Unité populaire, on trouve une réforme agraire et la nationalisation de latifundias, la distribution gratuite de lait dans les écoles, la participation syndicale aux directions des entreprises, la nationalisation des mines de cuivre et d'entreprises textiles importantes et un programme ambitieux d'amélioration ou d'installation de services publics et d'aménagement urbain et rural : constructions d'hôpitaux et de dispensaires, constructions d'écoles, distribution d'eau potable et irrigation, extension du réseau électrique … autant de mesures prises dans un contexte difficile. Outre le fait que la majorité présidentielle n'était que relative et que l'Unité populaire devait s'assurer de la neutralité de la Démocratie Chrétienne, le gouvernement chilien se trouva en butte aux campagnes internationales qui vident en l'Unité populaire les prémisses d'un régime communiste.

Marxiste, Allende l'était, mais en réaliste, le président aspirait à une transformation pacifique des rapports sociaux, ce qui décevait peut être l'extrême-gauche pour qui la lutte de classe devait nécessairement prendre la forme d'une révolution armée. Mais à droite, on s'activait : outre les malversations de milieux bancaires, la fuite de capitaux, des grèves destabilisatrices, notemment dans le secteur des transports routiers, furent fomentées, avec l'appui – on le prouva – de la CIA. Des tentatives sporadiques de coups et des attentats furent commis par l'extrême-droite. La destabilisation du pays conduisit à la trahison, encouragée par la bourgeoisie nationale, et recevant l'assentiment de la démocratie chrétienne, de Augusto Pinochet. Traître : le terme convient à cet homme issu des classes moyennes. Pinochet est un pur produit de l'éducation militaire. Chef de garnison en 1971, il devint commandant en chef de l’armée de terre en 1973. Son apolitisme de façade lui permet de gagner la confiance du président socialiste, auquel il garantit, quelques semaines avant le coup d'Etat, sa fidélité. Un mois après, Augusto Pinochet allait rejoindre une junte séditieuse composée de quatre hommes. Mais, en réalité, il gérera seul le coup d'Etat.

Ce fut le début d'une ère de terreur. On compte le nombre de victimes à 3000 environ… mais c'est sans compter avec les milliers d'emprisonnement, de tortures, et avec la démentèlement systématique des acquis sociaux… il s'agissait ni plus ni moins d'en finir avec le socialisme, et de réinstaurer – sous l'édige des économistes formé à Chicago – un libéralisme sans entrave.

Quelles leçons, quels souvenirs…?

Mes souvenirs sont épars… Je me souviens de l'émotion que le coup avait suscité dans la gauche européenne, je me souviens d'une manifestation imposante qui se termina par des coups de matraque, je me souviens d'un représentation théâtrale sur le Chili où le public pleurait, je me souviens aussi des réfugiés chiliens que l'on accueillait sans rechigner... aujourd'hui qu'en aurait-on fait de ces réfugiés : les enfermer dans les camps de Schengen ???

pour beaucoup, le coup d'Etat de 1973 était la preuve de l'impossibilité d'une réforme socialiste pacifique : les enjeux économiques étaient trop importants pour que la bourgeoisie puisse se passer de terreur. Pour la gauche et l'extrême-gauche nourrie au léninisme, la conclusion était sans équivoque : c'est à la guerre révolutionnaire qu'il faut se préparer. 1973, c'est le masque tombé des démocraties capitalistes : les USA n'hésitaient pas à destabiliser un Etat souverain et démocratique pour soutenir ensuite un putsch et une dictature. Ce n'était pas le premier exemple des coups foireux de l'impérialisme US (nous assistions alors aux derniers épisodes de la guerre du Vietnam) mais probablement un des plus significatifs. Certes, le rêve d'une confrontation révolutionnaire, au Chili ou ailleurs, tourna court avec la déliquescente, de plus en plus prononcée, des régimes socialistes. L'indépendance des colonies portugaises en 1975 donnait quelque raison d'espérer… mais ici encore, les révolutionnaires durent déchanter : guerre fratricide en Angola entre formations nationalistes, destabilisation menée par l'Afrique du Sud et guerre civile contre-révolutionnaire menée au Mozambique. On rêva aussi sur la révolution nicaraguéenne… mais ici encore, l'impérialisme américain joue la carte de la subversion contre-révolutionnaire. Entrainée par la CIA et financée par les USA, les "Contras" réussissent à destabiliser suffisamment le pays pour imposer une "démocratisation" libérale.

Nous pensons trop ces situations historiques en terme de "droits de l'homme", comme si le libéralisme soft d'aujourd'hui pouvait, par une condamnation quasi posthume de Pinochet, tirer le rideau sur l'alliance objective entre les putschistes chiliens et la droite européenne… que ce soit au niveau de la droite chrétienne – dans un premier temps, l'Eglise chilienne s'était félicitée du coup d'Etat - qu'au niveau des libéraux purs et durs… Abramowitz, rédacteur de lobbies belge pro-Pinochet au sein desquels on pourrait (peut être) compter avec, ni plus ni moins, Baudouin 1er

Face au tapage médiatique sur la condamnation judiciaire de Pinochet, nous devrions ne pas oublier que le Chili d'après 1973 fut en quelque sorte le laboratoire du néolibéralisme européen.


Site web Salvador Allende : les hispanophones peuvent consulter une riche documentation sur l'Unité populaire : iconographie fort riche, chronologie détaillée de 1970 à 1973, analyses du coup d'Etat, programme et déclaration du parti socialiste et quelques belles affiches d'époque.


génie de l'hédonisme
Friday, September 5, 2003 11:42 a.m.


Michel Onfray nous a livré une série de conférences, un vrai bonheur d'écoute et de pensée vivante, à l'Université populaire de Caen. Le tout est diffusé sur France culture, sous formes d'archives que j'espère voir accessibles un certain temps encore. A visiter donc, et à écouter... des présocratiques aux épicuriens, le parcours d'un matérialisme hédoniste du meilleur aloi.


Dieu
Wednesday, September 3, 2003 04:06 p.m.


Dieu...

un psychiatre canadien, Michaël Persinger , prétend, à l'aide d'un casque générateur d'ondes magnétiques, susciter artificiellement l'expérience mystique en modifiant l'activité neurocérébrale du lobe temporal droit et des lobes pariétaux, dont l'existation produirait un sentiment de fusion totale avec l'univers. Une extase artificielle, un nirvana de synthèse ? ou plus prosaïquement une arnaque pseudoscientifique ? D'aucuns stigmatiseront dans ces prétentions un réductionnisme physiologico-matérialiste qui oblitérerait toute dimension spirituelle dans l'expérience religieuse... mais ces préventions, pour compréhensibles qu'elles soient, ne tiennent pas compte d'un donné. Même si l'on ne peut réduire l'expérience mystique à une fonction cérébrale localisable, il me paraît difficile d'ignorer le rôle du corps dans l'expérience mystique. Ce qui est vécu comme l'irruption de l'Esprit dans la conscience, n'est jamais que le vécu d'un état physiologique induit par la mise à l'épreuve ascétique du corps. Le méditant vivant le satori ou l'extase se sera préparé par le jeûne, la méditation immobile, des postures corporelles, la privation de sommeil, des exercices respiratoires ... autant d'actions sur le corps conditionnant l'activité cérébrale... mais, inversément, peut-on ignorer le facteur culturel structurant le vécu d'un état cérébral ? Il est commun de souligner, à la suite de Changeux, que la mystique Hildegarde de Bingen souffrait de migraines précédées de scotomes, lesquelles étaient interprétées comme des visions divines.
« Au milieu de la poitrine de la figure que j'avais contemplée au sein des espaces aériens du midi, voici qu'apparut une roue d'une merveilleuse apparence. [...] La figure de l'homme occupait le centre de cette roue géante. Le crâne était en haut, et les pieds touchaient la sphère de l'air dense, blanc et lumineux. Les doigts des deux mains, droite et gauche, étaient tendus en forme de croix, en direction de la circonférence, les bras de même. [...] Au-dessus du chef de ladite figure se faisaient face les sept planètes. »
Hildegarde de Bingen, De modu visionis suae.

La foi et le génie poétique de la sainte lui ont permis de traiter et de vivre ces hallucinations comme une expérience religieuse... à côté d'une migraineuse de génie, combien vivent ces scotomes sans leur donner sens. L'horizon culturel, qui comporte aussi les représentations que l'on se fait du vécu psychique et de ses états extra-ordinaires, conditionne le vécu psychique, mais au delà de cette subjectivité, quelles connaissances objectives, peut-on dégager d'une approche strictement physiologique ?

Rien d'autre que la description, aussi détaillée que possible, d'un cerveau, dont le fonctionnement et la physiologie peut être visualisée, transcrite, par des techniques d'imagerie médicale... mais au-delà de ce constat, que pouvons nous déduire du vécu psychique : pas grand chose sinon ce que peut exprimer la subjectivité de l'individu qui se prête à l'investigation du neurologue... ce qui est déjà beaucoup.


libre et gratuit
Monday, September 1, 2003 09:48 a.m.


Libre et gratuit...

les mots sonnent comme une promesse électorale, comme une publicité mensongère, comme une utopie... pourtant ce fut bien le modèle fondateur de l'internet dès que cette technologie sortit du berceau militaire qui vit sa naissance. Créer une structure d'échange et de partage des connaissances et des outils est une pratique alternative à la logique marchande. Courant dans le monde académique et universitaire américain, et correspondant aussi à une certaine idéologie libertaire, l'échange peer-to-peer de données informatique rencontre frontalement l'intérêt des entreprises.

Le modèle du "logiciel libre" - entendons par la sous licence "GNU" - peut se prévaloir d'un succès certain, au vu de la fiabilité technique de linux, les seuls problèmes étant d'une part la relative complexité d'un système d'exploitation dont tous les paramètres doivent être mis au point par l'usager et d'autre part le monopole radical (voir le concept chez Illich) windowsien... quand on a Windows, pourquoi se décarcasser à passer à Linux ?

Le logiciel libre est en lutte pour l'instant. En jeu, le projet européen concernant les brevets logiciels... faire passer les procédés de programmation sous le régime du brevet d'invention, (et non plus seulement sous le régime de la propriété intellectuelle ou commerciale) sera probablement un frein majeur à la recherche-développement (communautaire et non marchand) de logiciels libres...

quelques photos de la manifestation du 27 août

Framasoft fournit un dossier sur cette question. Ce site est en plus un réservoir intéressant de logiciels libres (et gratuits) pour Windows (la caractéristique de ce site est qu'il s'adresse aux windowsiens)... Les utilisateurs de Linux s'adresseront sans doute à Linux.fr

Un dossier sur le brevet logiciel peut être consulté sur Brevets-logiciels.info... pour les connaisseurs ce site est un wiki : c'est à dire une page html modifiable par tout et chacun : l'auberge espagnole en quelque sorte ... ce qui pourrait faire rapidement office de fourre-tout.

Réponse du berger : Brevets-logiciels.com adopte le point de vue des entreprises. Selon ce point de vue, le modèle libre n'est pas économiquement viable ni fiable, le brevetage protège la recherche et dynamise la créativité en lui assurant une viabilité ou une rentabilité économique. La contestation porte aussi sur l'aspect juridique... Les contributeurs ne seraint pas toujours titulaires des droits qu'ils abandonnent, Les licences de type GNU ne respecteraient pas le formalisme du droit français et contreviendraient au droit fiscal. Une des argumentations d'ordre idéologique me semble particulièrement erronée : le modèle libre serait analogue à un modèle communiste :

"La contestation du principe de propriété n'est pas nouvelle : ce dogme a produit les ravages économiques que l'on connaît dans les pays de l'Est. Le collectivisme et le refus de la libre propriété sont peut être séduisants intellectuellement. Ils ont néanmoins démontré leur incapacité à développer une économie viable. L'application de ce principe obsolète au domaine de la propriété industrielle aurait les mêmes conséquences désastreuses."
peut-on y lire.

C'est ignorer l'énorme fossé qu'il y a entre une approche libertaire, poussant à l'extrême la décentralisation et l'autonomie des individus, associés en une coopération libre dégagé d'intérêts marchands (ce qui n'est pas totalement vrai en ce qui concerne les concepteurs des logiciels libres dont la distribution (packaging) répond à une logique commerciale et est assurée par des entreprises privées) et appropriation étatique des rouages de l'économie : la communauté linuxienne n'est quand même pas une entreprise d'Etat diantre !


Energie et Equite
Friday, August 29, 2003 09:10 a.m.


D'un commentaire de Robert Silverman sur l'ouvrage "Energie et Equité" de Y. Illich je tire l'extrait suivant :
"Illich fait ressortir que c'est dans le domaine du transport que les qualités socialement destructives de I'excès d'énergie peuvent principalement se trouver. Ce phénomène est plus prononcé aux Etats-Unis, où 45 % de l'énergie utilisée sert I'automobile. Dans le seul but de transport, 250 millions d'Américains utilisent plus de carburant que l,300 millions de Chinois et d'Indiens pour tous leurs besoins. Aux Etats-Unis, les 4/5 du temps passé sur les routes concernent les gens qui circulent entre leur maison, leur lieu de travail et le supermarché. L'américain type consacre plus de 1,500 heures par an à sa voiture: il y est assis, en marche ou à I'arrêt, il travaille pour la payer, pour payer I'essence, les pneus, les plaques, I'assurance, les contraventions et les impôts. Il consacre quatre heures par jour à sa voiture, qu'il s'en serve, s'en occupe ou travaille pour elle. À cet américain, il faut donc 1,500 heures pour faire 10,00 km de route, 6 km lui prennent 1 heure. Dans les pays privés d'industrie du transport, les gens atteignent exactement cette vitesse et I'orientent vers n'importe quelle destination, par l'usage de la marche: ils consacrent à cet effet de 3 à 8% du temps social au lieu de 28%. Ce qui différencie la circulation dans les pays riches et dans un pays très pauvre n'est donc pas une plus grande efficacité, mais I'obligation de consommer à hautes doses l'énergie conditionnée par I'industrie du transport." Robert Silverman, in Pour une ville nouvelle, journal du Monde à Bicyclette, édition automne 1977.
Un des points centraux de l'argumentation de Illich est de démontrer, chiffre en main, la contreproductivité sociale du productivisme industriel, et la dépendance qui en résulte. Pour dire les choses rapidement, l'essentiel de notre travail consiste à alimenter ce dont nous pourrions fort bien nous passer, à savoir les sur-dispositifs censés à accroître le rendement du travail et qui, loin de nous dispenser du labeur quotidien, en accroît la nécessité par son coût énergétique et économique.

Dans les Quatre Fléaux, Lanza del Vasto évoquait le retournement de la paresse sur elle-même : la machine produite pour nous épargner la peine du labeur manuel contraint la majorité des hommes au travail, à la surproduction - une sur-production sous-payée - indispensable à la production des techniques nous "libérant" du travail.

Quoiqu'on puisse dire et pensée de la virtualisation de l'économie et du non-travail induit par les technologies communicationnelles et cybernétiques, il nous faudra toujours autant d'hommes et de peine pour produire ce qui fait l'essentiel de la vie : la nourriture, le vêtement.

Ce labeur obscur n'est cependant plus présent dans nos usines, mais bien dans les ateliers clandestins du tiers-monde exporté chez nous, mais bien dans les ateliers d'un tiers-monde - asservi par la dette imposée par les pays riches - et, de ce fait, réduit à l'esclavage qui résulte de la division internationale du travail.

"Ensemble, main dans la main, guidés par Marx, Lénine et Illich les travailleurs à bicyclette mettront un terme au capitalisme, ouvrant le chemin vers le monde à faible consommation d'énergie, convivial et socialiste de l'avenir." (R. Silverman)

"Le socialisme ne peut venir qu'à bicyclette".
José Antonio Viera-Gallo, assistant secrétaire de la Justice dans le gouvernement de Salvador AIlende.


Tchernobyl - infos
Thursday, August 28, 2003 03:15 p.m.


Tchernobyl mon amour...

Tchernobyl reste, 17 ans après, le symbole majeur de la désagrégation d'une civilisation.

La catastrophe pose la question, cruciale, de la maitrise de la puissance, de la domination de la technique, et de notre responsabilité à l'égard des générations futures. Sans Tchernobyl, aurait-on été à même de réellement penser cette responsabilité intergénérationnelle ? On a beau dire que ce fut avant tout l'échec de la technologie soviétique, que le savoir-faire y était absent, que l'erreur humaine fut déterminante, que la conception de la centrale fut déficiente et que... nos centrales européennes sont, elles, fiables. Fiables...jusqu'à quel point ?

Nulle industrie ne fut implémentée avec autant d'opacité, d'une manière aussi technocratique et autoritaire que l'industrie nucléaire. Qu'on ne s'y trompe point pourtant : précisément en raison de son caractère sensible, l'industrie électronucléaire est l'une des plus sécurisées. La potentialité dangereuse de l'atome semble jugulée grâce à une prise de conscience précoce des dangers de la radioactivité. Ainsi le dispositif sécuritaire, mis en exergue pour dénoncer le risque nucléaire, détruit par son existence et son efficace, l'argumentation. Sophisme : porter une prothèse auditive témoigne d'une surdité, mais celui qui le porte, n'est justement plus sourd grâce à cette prothèse. L'énergie nucléaire est sûre, non polluante, parce que l'on prend toutes les précautions, au risque de l'enfermement sécuritaire d'une nation.

Est-ce seulement question de sécurité dans la critique antinucléaire ? Loin de tout catastrophisme (que de mythe n'a-t-on pas construit autour de l'atome), l'industrie nucléaire pose la question de la convivialité de la technique et du monopole radical. Cette notion, définie par Illich (dans "Energie et Equité", éd. Seuil), désigne la détermination imposée par un choix technique initiale qui, loin de combler un besoin, en suscite d'autres, creusant le sillon que le choix initial a ouvert. Il en est ainsi de l'automobile, qui génère son industrie et modifie de manière irréversible l'environnement géographique, économique et sociologique.

Le web irradie d'informations sur la catastrophe de Tchernobyl. Quelques sites parmi d'autres :

  • Chernonyl info
  • est un portail d'information sur la catastrophe de 1986 et l'aide internationale apportée à la population. Rigoureux, dépouillé et efficace, le site (en anglais) permet de faire le point sur la catastrophe majeure de l'industrie nucléaire
  • Chernobyl plus 15
  • est un site créé par l'Agence internationale de l'Energie atomique, à l'occasion du 15e anniversaire de l'accident. Une information fouillée, ainsi qu'une page de liens, est fournie. Il est très utile aussi d'explorer l'ensemble de site de l'International Atomic Industry Agency.
  • L'ONU n'est pas en reste, mais son site http://www.un.org/french/ha/tchernobyl/ semble être inaccessible ce jour. Je l'avais pourtant bien visité il y a peu.
  • dissident media infonucléaire
  • un site de "contre-information" sur le nucléaire a constitué un dossier "tchernobyl"
  • Tchernobyl disaster
  • tel qu'il est vécu en Bielorussie (Belarus)... ce site "Tchernobyl, une catastrophe nationale" présente plusieurs vidéos.


école de francfort
Wednesday, August 27, 2003 01:58 a.m.


un correspondant me mobilise sur Habermas. Ceci pour me rappeler ce que je dois aux philosophes de l'ecole de Francfort - je cite : Adorno, Horkheimer, Marcuse, Habermas - dans l'élaboration de ma pensée. J'ai vu récemment la première partie d'une émission de ARTE sur Adorno. Fort intéressant documentaire, mais je mesure combien elle peut être aride pour qui ne connais pas Adorno : le regard que le documentariste porte met en évidence les relations complexes, souvent conflictuelles, entre les protagonistes de l'Institut de recherche sociale, il met aussi en évidence la difficulté qu'avait Adorno d'appréhender la contestation étudiante.

Une réflexion du philosophe sur la musique rock "engagée" pourrait le faire apparaître comme un réactionnaire stérile, ainsi que le considéraient sans doute nombre de gauchistes. Certes, il y a un certain élitisme dans la critique musicologique de Adorno, qui ne se gênait pas de stigmatiser le jazz... mais en filigrane de ce dédain pour la musique de divertissement est une critique radicale de la culture de masse, de l'industrie de la culture. Ce qui choquait le philosophe n'était pas de voir des chanteurs adversaires de la guerre du Vietnam, mais de voir la souffrance des vietnamiens instrumentalisés, intégrées, dans l'industrie du loisir. Tout comme un ami, dont la famille fut décimée par les nazis, ne supporte pas de voir des filsm de fiction traitant de la Shoah. ...

la question reste ouverte : l'horreur de l'Histoire peut -il faire objet de production de l'industrie du divertissement ? Est-il des événements que l'on ne pourrait traiter que sous l'angle de la dénonciation, de la commémoration ou du documentaire ? Je ne m'attarde pas à répondre ici. La critique, les cinéphiles et les moralistes auront pu gloser sur "la liste de Schlindler", et plus encore, sur "la vie est belle"... le ton juste ne saurait être hollywoodien. On a pu reprocher quelques complaisances sentimentalo-esthétiques chez Spielberg, complaisances qu'un Polanski, dans "le pianiste" a pu éviter.... mais la fiction ( pourquoi le scénariste éviterait plus l'extermination des juifs que d'autres génocides ? ) impose une dramatisation qui oblitère la connaissance : face à l'horreur que l'on dit absolu, est-il imaginable de ne pas garder le silence ? A cet égard, même "nuit et brouillard" est trop bavard. Peut être aurait-il fallu recourir à l'ascèse du cinéma muet.

Mais n'alignons point trop de scrupule : l'horreur historique s'introduit toujours dans l'art, et s'insinue dans la production culturelle aujourd'hui industrialisée. Un Spielberg aborde les "sujets graves", c'est sa liberté, mais son environnement culturel le conduit presque immanquablement à un pathos quasi insoutenable. Qui voit l'ensemble de ses films, remarquera sans peine ses tics, ses procédés, trucages romantiques et pédagogique du réel et de l'histoire. Amistad ne nous montre de l'esclavage qu'une image romantique en dépit même de la description explicite de sa cruauté, ce qui m'amène à voir dans ce film un exemplaire, parmi d'autres, du cinéma pompier dont les USA sont coutumiers.



argiope
Monday, August 25, 2003 08:28 p.m.


l'argiope fasciée est peut être la plus fascinante de nos araignées. Originellement confinée dans le sud de la Belgique, son aire de répartition tend à s'étendre vers le nord, empruntant, si l'on peut dire, les vallées de la meuse... mais c'est au sud de Bruxelles, dans le Brabant wallon, que je la découvre, aux abords d'un étang, au creux d'un fossé, dans le parc du chateau de Ittre.

La bestiole fait l'objet d'une étude attentive, d'une surveillance de tous les instants, car son extension pourrait être un indice, un parmi d'autres, des changements climatiques. Thermophile, amante des prairies ou des pelouses calcaires bien ensoleillées, elle adopte volontiers des habitats travaillés par l'homme : fossés, bords des champs, terrains vagues, talus, jardins, zones industrielles...

On peut s'interroger sur l'intérêt de se pencher sur ces arachnides... au point de se soucier de faire part à tel professeur d'université, qui en fait la requête sur son site web, de sa présence à Ittre. La découverte d'une argiope dans le Brabant wallon n'est certainement pas un événement marquant... le petit mail que j'adresse au naturaliste se traduira, au mieux, par une statistique ... mais ce n'est pas toujours le cas. Il y a quelques temps, la présence à Louvain- la-neuve d'un Pouillot de Pallas, remarqué opportunément par un ornithologue, avait fait sensation, y compris dans la presse! J'ai pu voir, grâce à des amis de AVES cet oiseau rare qu'un profane distinguerait difficilement d'un roitelet. L'animal est sibérien et ce n'est qu'égaré qu'il s'aventure dans nos contrées. Plusieurs semaines durant, il trouva refuge dans un bosquet et nourriture sur un balcon en plein Louvain la Neuve attirant une petite harde (si je puis dire) de bird-watchers.


peplums
Friday, August 22, 2003 02:39 p.m.


le cinéma a généré des genres mythiques : l'horreur, la sf, le polar... mais deux d'entre eux semble avoir disparu des écrans : le western, fort rare de nos jours, et le peplum qui semble relégué au musée du kitsch cinématographique. Pour ma part, le peplum fut un de mes genres de prédilection lors de son âge d'or, à savoir les années 1960-1970. Le glas du peplum fut signé sans doute avec l'hyper-dispendieux "cléopâtre" (JL. Mankiewicz 1963). L'indigeste pièce montée avait quasiment ruiné les producteurs. Quelques chef d'oeuvres suivirent ce monument dont "la chute de l'empire romain" et l'inoubliable "Fellini-satyricon". On passera rapidement sur l'érotique "Caligula" dont les audaces convenues n'atteignent pas la cheville de celles de Fellini. Je mets à part, bien sur, les films mythologiques de Pasolini (Médée, Oedipe Re) et l'inoubliable chef d'oeuvre qu'était la trilogie de Cacoyannis - Electre-Iphigénie-les Troyennes - adaptation très réussie de Euripide. Ici nous quittons le domaine du peplum (genre commercial) pour entrer dans celui du classique.
Le peplum est pléthorique : quelques maîtres et une sous-production de masse principalement italienne. On y trouve quelques délicieux nanars et quelques perles.

Sans doute parce qu'il échappe, pour une grande partie, au "second degré" d'une production cinématographique devenue trop consciente des règles de genre, le peplum reste accessible à l'analyse structurale et thématique. Le travail reste peut être à faire, bien que le genre soit largement exploré par les cinéphiles. De prime abord, je discerne quelques sous-genres fondamentaux, qui peuvent être la trame d'une analyse plus fine.

a. la production mythologique et/ou pseudomythologique, centré essentiellement sur la figure du héros antique, musclé, demi dieu ou esclave révolté. Hercule, Maciste, Ursus... en sont quelques exemples récurrents.
b. le reconstitution plus ou moins fidèle d'épopées mythologiques : l'odyssée, le cycle des argonautes, thésée,...
c. la thématique biblique... soit fondée sur la Genèse : "la Bible", les "dix commandement", "Sodome et Gomorrhe", "Samson et Dalila"
soit à connotation chrétienne : les vies et passion de Jésus ne manquent pas.
d. les événements et figures historiques dans lequel on retrouve : Antoine et Cléopâtre, Jules César, Alexandre le Grand, Néron, Akhénaton, Attila, Spartacus
c. d'apparition plus récente : les frasques de Caligula, de Messaline ou de Poppée donnent lieu à des productions érotiques

Circonscrit à une époque - l'antiquité, réelle ou mythique - et à une région : la Méditerrannée, le peplum est un genre extrêmement codifié dans lequel le passé mythique devient l'écho de préoccupations actuelles. L'Atlantide, le Colosse de Rhode, Babylone ou Sodome et Gomorrhe deviennent prétexte à une pensée de l'hubris des civilisations techniciennes, reposant sur l'esclavage et la domination. Les savants antiques - Archimède est souvent convoqué - deviennent les précuseurs de savants atomistes. On retrouve d'ailleurs tous ces ingrédients dans la bande dessinée : J. Martin avait produit deux épisodes de "Alix" intéressants : "l'ile maudite" et "le sphinx d'or" qui reprennent bon nombre de poncifs du peplum cataclysmique. La Grèce, Rome, l'Egypte se partagent l'essentiel de la géographie peplumesque, mais on voit des incursions en Proche-Orient - la Mésopotamie et plus généralement, les pays biblique - et plus rarement, en Gaule. Une typologie géographique est possible, incluant naturellement les civilisations perdues d'Atlantide.

Un autre clivage pourrait être étudié. L'Italie est productrice d'un péplum "païen" - chez certains l'inspiration fasciste est manifeste (Scipion l'Africain, Gallone, 1937) - héroïque et radicalement déchristianisé tandis que la production américaine, se pliant peut être sous le joug maccarthyste, abonde en religiosité. Ailleurs, les adaptations de classiques : Shakespeare, les tragiques grecs, sauvent la mise, sur le plan idéologique.

une analyse iconographique mettrait sans doute en évidence les sources picturales du peplum que l'on cherchera dans la production "pompier" et "académique" de la peinture historique du 19e siècle. La thématique de la catastrophe - clou final de film à grand spectacle - nous renvoie à celle de la décadence, chatiment divin, qu'inspire quelques mythes - l'Atlantide, la destruction de Sodome, la ruine de Babel - et faits historiques - l'éruption du Vésuve.

un avenir pour le peplum ? La décadence du genre serait "l'héroic fantasy" (Conan le Barbare) voire le space-opera (Star war, dont on ne mesure peut être pas assez l'inspiration peplumesque). Ridley Scott a réussi (non sans quelques couacs) un come back du genre avec un "Gladiator" presque rigoureux sur le plan historique.


Adorno
Friday, August 22, 2003 12:26 a.m.


J'ai réalisé ce photo montage en hommage à T.W. Adorno, en évoquant l'extrême tension d'une pensée lucide, critique et pessimiste qui se déploie malgré, et contre, le déferlement nazi sur l'Allemagne. En contrepoint, une partition de Schönberg...


amis du mozambique
Friday, August 22, 2003 12:19 a.m.


Amis du Mozambique

un nouveau lien vers le sud... les Amigos de Moçambique vous invitent à découvrir un lieu d'échange, de solidarité et d'espoir ...


pour commencer
Thursday, August 21, 2003 11:59 p.m.


Ceci est une expérience de pensée, quotidienne peut être, plus fréquente ou plus rare sans doute, exposée à la lecture de tous, sans publicité particulière mais sans honte non plus... un premier jet donc pour essayer l'outil, sonder ses potentialités.


Grasmci e o Brazil
Thursday, August 21, 2003 11:14 p.m.


au hasard d'une recherche sur Losurdo, je découvre ce site brésilien consacré à Gramsci. Extrêmement riche et d'une conception graphique limpide, ces pages ne se contentent pas d'aborder l'oeuvre de Gramsci : on y trouve de très nombreux textes, brésiliens et espagnol, sur l'actualité politique, le marxisme, le communisme au Brésil ... à lire et relire.